La maison à 15 euros, une escroquerie de Christine Boutin
Christine Boutin, actuelle ministre du logement, nous a livré le mois dernier l'axe essentiel de sa politique, à savoir la maison à 15 euros par jour. Cette annonce me laisse une pensée pour Pierre Desproges, dont on célèbre le vingtième anniversaire de sa mort, paix à son âme car Dieu sait qu'il aurait détesté cette « panthéonisation » littéraire qui remplit les linéaires de la grande distribution. Quel rapport me demanderez-vous entre la ministre, qui est devenue un poids politique en flirtant avec des thèses conservatrices, nous promettant la fin de la famille lors du vote du PACS à l'Assemblé nationale, et ce trublion de Desproges, qui a laissé derrière lui des moments d'anthologie télévisuelle en matière d'impertinence et une littérature subversive de grande qualité. Aucun rapport ! Sauf ces mots que prononçait l'humoriste pour conclure la fameuse « Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède » : étonnant, non ! J'ose, si vous me le permettez, emprunter cette exclamation célèbre pour qualifier le projet de Mme Boutin. En effet, comment est-il possible dans le contexte actuel, caractérisé par la hausse continue du coût des matières premières, par la flambée des prix immobiliers, par l'envolée des taux de crédit et la frilosité de plus en plus forte des banquiers qui il est vrai ont perdu quelques milliards d'euros au passage (rassurez-vous, ils s'en remettront) et donc versé moins de dividendes à leurs actionnaires (ils attendront l'an prochain), comment voulez-vous donc proposer une maison au rabais, à faire pâlir de jalousie tous les hard-discounters de la planète devant tant d'assurance promotionnelle. Mme Boutin ne se serait-elle pas acoquinée avec Edouard Leclerc, ce marchand démagogue, pourfendeur des prix bas à condition qu'ils lui servent à remplir ses caisses. Et bien, non. Edouard attendra, la maison à quinze jours existera. Sauf, et c'est ce qui n'est pas dit ni présenté ouvertement, il en faudra des jours aux heureux bénéficiaires pour devenir un jour d'heureux propriétaires. 13 870 journées pour être plus ou moins précis, ou si vous préférez, 38 ans. Par un savant montage élaboré par le cabinet com-pétent de Mme Boutin, l'accédant à la propriété débutera son accession pendant 23 ans en ne payant que le bâti (à l'issue, les murs lui appartiendront mais pas le sol), puis il lui restera 15 ans pour financer l'acquisition du terrain. Un véritable chemin de croix, mais on n'en attendait pas mois de Mme Boutin et de ses passions catholiques. Il n'y a donc rien de miraculeux (une fois de plus !) dans ce projet, bien que Christine ne soit pas privée de se pavaner devant la presse, en proclamant haut et fort que la solution avait été trouvée pour accroître en France le taux de propriétaires de leur bien. Trente-huit d'endettement, avec toutes les incertitudes de la vie, pratiquement aucune banque ne s'y serait hasardée.Reste maintenant à savoir si cela fonctionnera. Une chose est sûre, si le succès n'est pas au rendez-vous, Mme Boutin bottera en touche, tout comme Jean-Louis Borloo, illusionniste également avec sa maison à 100 000 euros, en jetant la responsabilité de cet échec aux collectivités locales qui n'auront pas cédé pour une bouchée de pain (si cela est encore intéressant aujourd'hui !), voire donné le foncier dont elles sont propriétaires. Tiens, je viens de trouver un nouveau point commun entre Pierre Desproges er Christine Boutin : l'absurdité, sauf que l'ami Pierrot, lui, la dompta et en joua toute sa vie comme d'un instrument.
12/05/2008
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