Birmanie : quand la junte militaire réinvente le surréalisme
Des dizaines de milliers de morts, tout autant de disparus. Le bilan du cyclone Nargis qui a frappé la Birmanie n'en finit pas de s'alourdir. Et comme c'est souvent le cas lorsqu'une catastrophe naturelle s'abat sur un pays pauvre, ce sont les plus faibles et démunis qui constituent l'essentiel des victimes. Leur situation, d'une extrême précarité, ne leur permet pas de se protéger en cas de sinistre d'envergure. Comment peut-il en être autrement lorsque votre habitation n'est qu'un amas de tolles, assemblées tant bien que mal pour ressembler à quelque chose comme un toit. Les vents et les pluies diluviennes se chargent bien vite de tout abattre comme un château de cartes.Le plus révoltant dans l'histoire des cataclysmes, c'est que le nombre de personnes qui décèdent après l'évènement s'accroit très souvent de façon exponentielle Ces hécatombes mettent ainsi en lumière les injustices criantes du pays sinistré, qui ne sont le fait que de quelques personnes au pouvoir, bien trop préoccupées de maintenir leur place dans un contexte de crise qu'à se soucier matériellement et financièrement de leur peuple meurtri. La Birmanie en est la parfaite illustration. La junte militaire aux commandes de cette nation n'accepte l'aide internationale qu'au compte-goutte. Les généraux ont certainement peur de cet œil médiatique qui accompagne le personnel humanitaire et qui serait bouleversant de vérité.
Hasard du calendrier, un référendum doit également se jouer d'ici quelques jours en Birmanie. L'évènement politique n'a de démocratique que le nom qu'on lui prête. N'oublions pas que c'est l'armée qui règne en maître. Ce référendum ne sera pas repoussé, les militaires ayant bien compris qu'il leur fallait faire au plus vite pour habiller leur projet de changement constitutionnel par l'aval de la population. Cette dernière serait certainement moins coopérative dans les urnes après quelques semaines passées à découvrir ou vivre l'horreur de la situation birmane et sa calamiteuse gestion par les autorités du pays. Ainsi, la télévision, sous contrôle du pouvoir, a offert un moment surréaliste aux téléspectateurs. Les images sont saisissantes. Des jeunes gens, sans compassion dans la voix, chantent pour inciter les électeurs à se rendre aux bureaux de vote, et bien évidemment à se prononcer en faveur de la junte militaire. Ils et elles sont beaux, avec leur grand sourire servi par de belles dents blanches, mais qui n'est en fait que la représentation carnassière des hommes au pouvoir. Le surréalisme se pressent quand il est un art. Il est révoltant lorsqu'il devient figurant.
12/05/2008
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