Crise financière : les banques à la peine
Les deux principales banques françaises s'apprêtent à publier leur résultat semestriel. Il sera mauvais nous annoncent les médias, seulement bénéficiaire de quelques centaines de millions d'euros. Compte tenu de la taille de ces mastodontes de la finance, l'échelle des valeurs dépassent l'entendement du commun des mortels. Faisons confiance aux analystes pour nous éclairer, bien que certains se soient aveuglés devant quelques conflits d'intérêt et sont en partie responsables de la défiance généralisée qui sévit aujourd'hui sur le marché interbancaire.
Cette publication est l'occasion de revenir sur cette crise qui frappe le monde depuis un an, lorsque le terme subprime s'est dans un premier temps fondu dans le langage des économistes pour devenir aujourd'hui une ritournelle présentée, avec la hausse des cours du pétrole, comme la cause de tous nos maux. A la base, les américains se sont crus préservés de toute crise immobilière, et ainsi les plus pauvres se sont vus attribués des offres de crédit dépassant largement leur capacité de financement, soi-disant garanties par la revalorisation croissante de leur bien financé. Il leur fallait néanmoins accepter des taux variables, certes très intéressants en période de baisse continue des taux d'intérêt. Il s'agissait d'un pari sur l'avenir et ils l'ont perdu dès lors que les conditions de taux se sont durcies, notamment suite à l'envolée de l'euro par rapport au dollar. Les banques entre temps s'étaient précipitées pour céder ces risques de crédit, via la réalisation d'opérations complexes de cession de créances. Mondialisation aidante, les risques ont ainsi été totalement dispersés à travers la planète, jusqu'à ce qu'on ne sache plus où ils se situaient lorsque les premières faillites personnelles se manifestèrent. Au fil des clôtures comptables, la sphère financière a également pris conscience de l'ampleur des dégâts, se chiffrant à plusieurs milliards d'euros.
Aujourd'hui, la situation ne semble pas s'être arrangée, malgré les discours prometteurs des pseudo-spécialistes qui annoncent régulièrement que le plus dur de la crise est derrière nous. Les banques régionales américaines, moins bien dotées en fonds propres que leurs concurrentes européennes, souffrent particulièrement jusqu'à ce que certaines soient contraintes de mettre la clef sous la porte. Et la financiarisation accrue de l'économie sur l'échelle mondiale ne préserve plus personne de sérieuses difficultés. Les banques, très férues par le passé de montages complexes transformant certains établissements en disciple de la spéculation, se sont assagies, convaincues aujourd'hui que le particulier est sans doute le meilleur vecteur de leur pérennité. Ce dont elles n'auraient jamais du s'éloigner, mais les offres de service et de crédit à la clientèle ne sont rémunératrices que dans le temps, bien loin des éclats de marché dont la pression court-termiste est friande. Autant dire que la banalisation du livret A tombe à point nommé pour de nombreux établissements qui comptent sur cette nouvelle manne financière pour se financer à moindre coût. On est ainsi bien loin de l'esprit initial du placement préféré des français, destiné à financer le logement social. Espérons que le particulier modeste n'en fera pas les frais. Il en paie déjà suffisamment assez à l'heure actuelle.
05/08/2008