Pourquoi le vote socialiste aux élections européennes du 7 juin
Se décider à voter pour telle liste ou tel candidat lors d'un scrutin résulte à la fois d'une conscience politique, voire d'un engagement, mais aussi et surtout d'une analyse du programme électoral de chaque prétendant. Passons sous silence le premier champ de décision qui est plus lié à un parcours personnel pour se concentrer à la revue des propositions faites par chaque force politique concernant les élections du 7 juin prochain.
Premier constat, de nouvelles organisations politiques apparaissent dans ce type de scrutin à l'échelle européenne, comme le MODEM, le Front de Gauche et le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Force est de constater qu'ils ont tous trois un point commun qui se caractérise par la pauvreté du contenu de leur projet au sujet de l'Europe. Leur jeune âge explique peut-être en partie cette absence totale de propositions concrètes quant à la gouvernance des institutions de l'Union Européenne et à la définition d'un cadre de vie sécurisé pour tout citoyen du Vieux continent. Par contre, ce qui est certain pour les deux premières formations, c'est la volonté de chacune d'user de cette élection pour conforter une personnalité à la tête du parti qu'il représente. François Bayrou, pour le MODEM, espère en effet légitimer par les urnes sa vocation autoproclamée à un destin présidentiel. Quant à Jean-Luc Mélenchon pour le Front de Gauche, la tentative d'OPA sur le Parti Communiste se satisferait bien d'un bon score à une élection, et ce quelque soit l'objet de celle-ci. Les ambitions personnelles semblent donc bien être la préoccupation majeure dans ces deux cas. La sortie par Bayrou de son pamphlet anti-Sarkozy juste avant la compagne le confirme d'autant plus.
Pour ce qui est de la nouvelle organisation patronnée par Olivier Besancenot, on a plus affaire à une déclaration d'intentions, plus ou moins bonnes selon les thèmes, qu'à des suggestions pragmatiques. Pour résumer, le NPA souhaite interdire les licenciements, revendique la préservation de la biodiversité et présente la lutte contre toute forme de discrimination comme une priorité. Mais comme toujours il n'indique pas la façon de procéder et vers quel modèle de société il souhaite que l'action politique s'engage. Pire, dans son énoncé de principes, le NPA en vient parfois à se contredire quand il évoque à la fois la défense d'une Europe sociale et adopte une rhétorique souverainiste en promulguant le droit pour chaque peuple de décider de son destin.
Viennent ensuite les Verts, qui pour ne pas changer s'assimilent plus à une constellation d'avis divergents qu'à une organisation homogène. Le programme des écologistes en souffre d'autant plus en étant totalement théorique, sans ouverture pratique, tant il s'agit plutôt d'un compromis entre les différences d'opinions de ses représentants. L'hétérogénéité d'idées est d'ailleurs criante entre José Bové qui n'en finit pas de rejeter l'économie de marché, Yves Cochet adepte de la décroissance, d'autres peu soucieux des questions sociales et enfin le trublion Cohn-Bendit. Difficile donc dans ces conditions de proposer aux électeurs quelque chose de concret.
Les résolutions européennes envisagées par l'UMP seraient-elles moins obscures ou personnalisées ? Certes oui, mais il s'agit cette fois-ci du fond qui est préoccupant. En effet, les listes de la majorité présidentielle tendent essentiellement à confirmer la majorité parlementaire européenne sortante et surtout la Commission telle qu'elle existe aujourd'hui et dont son président, Barroso, en est l'incarnation. N'oublions pas que ce dernier est réputé pour ses convictions sensiblement conservatrices. Certaines directives, envisagées ou votées durant son mandat, démontrent bien le tournant libéral donné à l'Union Européenne. Bolkestein sonne encore aujourd'hui comme la menace d'un dumping social institutionnalisé à l'échelle de notre continent. Autre exemple, la « directive retour », permettant entre autre de maintenir en rétention les immigrés pendant une durée de dix-huit mois, est à placer sous le signe de la honte. Toujours est-il que l'UMP s'inscrit dans cette optique et même si Nicolas Sarkozy s'est affiché ouvertement volontariste lors de la présidence française de l'Union Européenne, il n'est pas question pour son parti de faire usage de la réforme à Strasbourg pour la prochaine législature. Pour preuve, les priorités de la droite française en matière de refondation des règles du capitalisme sont bien timides. Tout au plus envisage-t-elle de donner des réponses ciblées alors que c'est d'une refonte totale dont a besoin l'économie de marché pour repartir sur des bases saines et pérennes, ainsi que de moyens. Sur cette question, la droite européenne refuse l'idée de toute hausse budgétaire. Elle préfère peut-être maintenir l'Union européenne dans la confusion intergouvernementale dont la meilleure illustration fût l'absence d'une politique commune de relance des Etats membres face à la crise financière, chaque pays jouant sa carte personnelle faute de volonté des décideurs, chefs d'Etat et Commission européenne compris, en matière d'unité. Sur ce dernier point, les partis socialistes d'Europe se sont montrés beaucoup plus constructifs et ce bien avant le démarrage de la campagne électorale. Une coordination à l'échelle internationale demande en effet un minimum de préparation en amont. Il en résulte la production d'un programme commun entre les différents partis de gauche d'Europe, portant le titre de Manifesto. Interrogeons-nous maintenant sur les principales lignes directrices de ce document.
Premièrement, le principe de libre-échange entre les membres de l'Union européenne ne doit pas être remis en cause car il participe à la stabilité des relations entre voisins géographiques et à ce titre il représente une garantie contributive à la paix. Il n'empêche que les conditions d'exercice de ce système sont à réviser pour aboutir au juste échange. Autrement dit, les accords commerciaux entre partenaires doivent être animés par le souci du respect des droits humains, sociaux et environnementaux. En substance voici livrée la philosophie politique de cette internationale socialiste.
Deuxièmement, l'intérêt du Manifesto est qu'il ne se contente pas d'une simple affirmation de doctrine, en proposant également les actions à mettre en œuvre pour atteindre l'objectif désigné. Il s'agit notamment de mettre en place un véritable plan de relance européen, concerté, d'un montant de 100 milliards d'euros axé à la fois sur l'investissement et la consommation car la santé de l'économie repose avant tout sur l'équilibre de poids entre ses différents agents. Cela suppose un financement sur le budget de l'Union Européenne, donc d'accroître ses moyens, à contrario des idées défendues par la droite européenne. Mais au-delà du coût, il faut retenir l'idée d'un engagement public sur le long terme destiné à promulguer la confiance, qui une fois restaurée sera rémunératrice via les entrées de recettes fiscales.
Il s'agit également, en matière sociale, de légiférer sur un salaire minimum pour tout salarié européen, proportionnellement à la rémunération moyenne du pays d'appartenance de l'employé, pour éviter ainsi tout choc brutal rompant l'équilibre susmentionné. Les citoyens se trouveraient donc armés d'un bouclier social bien plus équitable que notre « paquet-cadeau » fiscal national dont disposent les plus nantis. La fiscalité européenne d'ailleurs n'est pas exclue des préoccupations socialistes avec la proposition d'un minimum d'harmonisation des règles entre les pays membres. Le but est en effet de prévenir toute délocalisation d'entreprise cannibalisant les tissus industriels d'un même espace d'activités.
En conclusion, le Manifesto socialiste est bien plus qu'une présentation d'un vague idéal européen ou d'un saupoudrage de mesures alimentant le vent libéral qui depuis trop longtemps souffle sur l'Union Européenne. L'heure est au changement, la crise économique l'exige même. Mais au-delà de la survie de la croissance des affaires, l'ambition des partis socialistes européens formalisée dans un manifeste et dont la coordination structurée est le gage d'une véritable force politique de taille continentale, est avant tout de construire une société équitable, équité entre les personnes mais aussi entre l'individu et son environnement.