MEDEF : Laurence Parisot bientôt à la retraite
Laurence Parisot devrait s'accorder des semaines de travail de trente-cinq heures. Le surmenage n'a jamais été l'allié du discernement. Car à écouter ses derniers propos au sujet de l'âge légal de départ à la retraite ne laisse plâner aucun doute sur son état de fatigue. Il n'est pas possible d'imaginer d'autres raisons expliquant la prise de position choquante de la patronne des patrons. Encore que le fait qu'elle ait confirmée sur une radio nationale son idée lancée comme un pavé dans la mare au début de la semaine, nous laisse à penser qu'il s'agit là d'une nouvelle orientation du Medef, à consonnance pour le moins idéologique. Sans coup férir, Madame Parisot propose de fixer à soixante-trois ans et demi l'âge légal de départ à la retraite, et ainsi augmenter le temps d'activité des futurs ex-salariés. Certes, la préoccupation est légitime et a le mérite d'enfoncer encore un peu plus le clou dans cet épineux problème du financement des pensions. Le système de répartition est en danger et personne, quelque soit sa couleur politique ou syndicale, ne peut nier cette évidence. Maintenir le dispositf actuel, hérité de l'après-guerre, n'est pas une voie viable compte tenu de l'accroissement constant des retraités proportionnellement à la baisse des personnes en activité. L'heure n'est plus aux considérations politiques mais au pragmatisme, tout en veillant à l'équilibre et à la justice sociale. Ce dont Madame Parisot ne semble pas être très attachée.Imaginez un ouvrier débutant sa carrière à seize ans. Faites le calcul, il cotisera pendant quarante sept ans et demi. Dans le même temps, son ancien copain de classe, dont le seul mérite a été de suivre des études chèrement payées par ses parents, entrera dans la vie active à vingt-trois ans, pour en sortir également à soixante-trois ans et demi, mais dans ce cas de figure avec quarante ans et demi de versements. Soit pour cet exemple, une différence de six ans et demi d'activité professionnelle entre nos deux individus.
Un journaliste fît la même démonstration à Madame Parissot. Cette dernière, sans être décontenancée, lui répondit qu'il ne fallait pas empêcher de travailler ceux qui le souhaitaient et que le travail est une vertu dont l'homme est bénéficiaire. Effectivement, exercer une activité permet de s'accomplir, mais lorsque vous avez passé votre vie durant à vous épanouïr en alimentant la machine où en parcourant les chantiers de construction quelque soient les intempéries, le bien-être à un âge avancé se conforterait plutôt dans un repos bien mérité. Ne serait-il pas plus judicieux d'instaurer un système de cotisations différencié selon le degré de pénibilité de chaque emploi. Il ne s'agit pas là de créer une nouvelle inégalité mais au contraire d'appliquer un des fondements de notre République, la fraternité. Fraternité des professions dites intellectuelles envers les métiers manuels, qui ont la capacité et très souvent le désir de poursuivre leur exercice au-delà des soixante ans. Cette idée n'est pas novatrice, elle appartient depuis longtemps au discours syndical destiné à solutionner les boulversements démographiques entre générations. Encore faut-il avoir le courage de s'y atteler en dépassant les passions partisannes qui si souvent plongent dans l'immobilisme les partenaires sociaux. Alors Madame Parisot, un peu d'audace serait plutôt bienvenue.
24/05/2008
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