Karadzic arrêté

Publié le par Jefka

Radovan Karadzic est enfin entre les mains de la justice. Onze ans après qu'il ait été reconnu par la communauté internationale comme criminel de guerre et coupable de crimes contre l'humanité, l'ancien leader serbe est aujourd'hui rattrapé par l'histoire. Depuis son arrestation, quelques langues se sont déliées et on en apprend un peu plus sur ces onze années qui n'ont pas été une cavale effrénée. Les autorités serbes, à la fin des années 90, avaient connaissance de l'endroit où Karadzic se trouvait et de ses agissements. Ce n'est qu'au début de la décennie que Karadzic est entré véritablement dans la clandestinité, bénéficiant un temps donné de la compassion de religieux orthodoxes.
Pourquoi donc l'auteur politique des massacres de Sebrenica et du siège de Sarajevo ne fût-il pas arrêté bien avant ? Deux raisons à cela. Karadzic représentait le rêve d'une grande Serbie unifiée, sans cohabitation avec d'autres ethnies, s'agissant d'un idéal séculaire partagé par une minorité de la population. Deuxièmement, la Serbie défaite était surtout préoccupée par sa reconstruction et à l'apaissement des tensions, ce qui ne peut être réalisé en un jour même si celui-ci est marqué du sceau de la paix. La France en son temps s'est comportée de la même façon, les autorités d'après-guerre passant sous silence les crimes de quelques haut-fonctionnaires, préférant employer ceux-ci au redéploiement de l'administration française.
Concernant l'ex-Yougoslavie, il s'agissait d'une guerre civile dont les blessures sont toujours plus profondes que celle causées par un conflit opposant plusieurs pays. Il n'empêche que l'arrestation de Karadziz permettra à la société serbe de panser plus rapidement ses plaies, s'agissant d'un acte fort qui manifeste un peu plus la volonté de Belgrade d'ouverture vers l'Europe. La Serbie s'est d'ailleurs dotée dernièrement d'un gouvernement pro-européen bien décidé à jouer la carte de son avenir au sein de l'Union européenne. Cette dernière a néanmoins besoin de signaux conséquents des serbes pour légitimer une future adhésion. A n'en pas douter, la capture de Mladic, bras armé de Karadzic, rapprochait encore un peu plus la Serbie de la communauté européenne et internationale. Et permettrait surtout aux serbes de se débarasser d'un de ses vieux démons.
27/07/2008
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