L'Anarchie, selon Léo Ferré
L'anarchie serait-il cet arbre des possibles sur lequel pousserait un fruit défendu par la loi, au goût particulier de liberté individuelle ? Les décrêts et réglements ne seraient-ils qu'une serpe employée par l'autorité qui dans le meilleur des cas cherche à se légitimer, au pire s'affirme inconstestable jusqu'à devenir inconstestée ?Léo Ferré découvre dès son plus jeune âge une définition qui le marquera profondément et conditionnera une partie de son oeuvre : « Anarchie, négation de toute autorité, d'où qu'elle vienne ». L'anarchie consisterait ainsi à dire non, à refuser les conventions annihilantes et l'exploitation asservissante. Ce refus n'est pas destructif dès lors qu'il s'impose à la conscience humaine comme une vérité, promulguant l'individu et non le texte, n'étant pas ce détonateur si souvent employé pour embraser un pouvoir au profit d'un autre. L'anarchie cependant réclame le désordre, car il s'agit bien de rompre avec un modèle de société dont le respect d'autrui n'est envisageable parce qu'écrit uniquement par le législateur.
Nous vivons ainsi dans un monde où nos agissements ne sont que l'expression de nos craintes face à la sanction. L'homme serait naturellement mauvais mais pas suffisamment suicidaire pour s'exonérer de toute contrainte. Qu'il se protège donc derrière ses tribunaux, qu'il se gouverne dans ses palais ou encore abdique face à quelques sacerdoces. L'homo-sapiens n'est pas prêt aujourd'hui à s'inscrire dans ce désordre tel que le présente Léo Ferré : « le désordre, c'est l'ordre sans le pouvoir ». Il est encore trop tôt pour expérimenter ce mode d'existence, même si certains penseurs ont bien tenté de nous délivrer les préceptes d'une fraternité ni administrée, ni judiciarisée. Citons Kant, qui proposait une alternative sous les formes de la morale, consistant pour chacun à agir de façon désintéressée, ne recherchant pas chez autrui un moyen de s'accomplir soi-même mais une fin à ses propres engagements. Nous en sommes loin, très loin. Un jour peut-être, lorsque la sagesse l'aura emportée sur les passions. Pourquoi pas en l'an 10 000 !
L'An Dix mille...Lochu ? Tu t'rappelles ?
L'An Dix mille...Tu t'rappelles ? Lochu ?
L'An Dix mille, l'An Dix mille, l'An Dix mille...
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